Lindsey Elcatot : l’Art de LeenC

Lindsey est une jeune guadeloupéenne passionnée par la peinture. Son art, inspiré en grande partie par les femmes et l’Afrique est devenu son exutoire:

Bonjour Lindsey, pourrais-tu te présenter? 

Bonjour, je suis Lindsey, 26 ans, guadeloupéenne et résidant actuellement en Guadeloupe.

Quel a été ton parcours jusqu’ici? 

Beaucoup de Centres de Loisirs Sans Hébergement ! Ma mère a été animatrice pendant des dizaines d’années. Elle est très manuelle, c’est un point de départ. Après le collège j’ai passé un Bac STI option arts appliques au lycée de Rivière des Pères à Basse-Terre. Puis une formation en Stylisme Modélisme et une formation de conseillère en image personnelle, toutes les deux à Paris. La peinture c’est venu par hasard… au détour d’un ennui “productif” en 2010.

Quel a été le résultat de cet “ennui productif” justement?

J’ai commencé à peindre. Au début c’était pour faire passer le temps, puisque j’étais sans emploi. C’était une petite toile, 20×20, une silhouette africaine. Ma mère (comme toute maman fan de ses enfants) l’a vendu 20€, et le même jour m’a acheté d’autres toiles avec ces 20€, suivi d’un “ennuie toi encore” *rires*

Depuis cela, quelle est la place de la peinture dans ta vie? 

C’est par période! Je suis passée par plusieurs phases. J’ai beaucoup peint pour les gens (demandes précises etc). Et puis il y a les inconvénients liés aux “artistes”, comme les clients qui ne paient pas. J’ai voulu arrêter, j’ai rangé mes pinceaux plus d’une fois. Et puis j’ai eu un déclic et j’ai décidé de peindre pour moi. De faire ce qui me plaît et si ça plaît en retour : bingo ! (Attention je ne parle pas que de l’argent *rires*). J’aime dire que c’est un exutoire. Je ne considère pas ça comme un métier. Je le fais sans avoir un but précis. Je crois qu’on appelle ça la “passion” mais c’est encore tout nouveau, alors on verra.

Tes toiles sont exposées au restaurant “Archibon Karibbean” en ce moment, est ce que tu peux m’en dire plus sur cette exposition?

J’ai fait mon premier vernissage le 17 & 18 février au restaurant Archibon. Ça ne m’a jamais intéressé plus que ça d’exposer. J’avais déjà fait l’expérience avec une Peyiz’Art, scène qui met en avant les jeunes talents (Merci a Shorty !) mais déjà là, je n’étais pas à l’aise avec l’exercice. Ca fait des mois que mes amis me poussent à montrer ce que je sais faire. Mais je suis têtue et timide, vieux mélange qui me faisait rebrousser chemin. Mais à force de persévérance ils ont réussi, et jusqu’au bout ils m’ont poussée ! *rires*. J’ai pu rencontrer Christelle Jean Marie, qui est la gérante du restaurant, et ses mots ont fini de me convaincre. Merci ! Je n’ai que ce mot à la bouche, je suis vraiment reconnaissante. Ma famille, mes amis, mon chéri et tous les autres qui me soutiennent de près ou de loin. Les toiles sont encore visibles au restaurant Archibon. En parallèle je suis plus ou moins réactive sur les réseaux sociaux.

©IDLineStudio

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Dans ce cas c’est super que tu te sois laissée convaincre ! Jusqu’à quand pourra-t-on les voir? 

*rires* Eh bien je crois que mes amis sont aussi têtus que moi ! Quant aux toiles elles sont là à durée indéterminée, jusqu’à ce qu’elles trouvent un toit qui veuille bien d’elles !

Au final comment décrirais tu cette expérience?

Je ne dirais pas ” à refaire ” *rires*. Mais je suis contente d’avoir eu les réactions directes des personnes sur place. On n’a jamais idée de ce que peuvent ressentir les gens devant son travail, et quand le retour est sincère, ça fait du bien, vraiment du bien.

Selon toi est ce que l’art visuel a assez d’importance dans la Caraïbe? Au même titre que la musique par exemple?

Non. Il y a des structures évidemment et des événements certes. Mais pas suffisamment d’événements autour de ça, selon moi. Ça commence à venir depuis quelques années déjà. Il y a un public, des collectifs, des associations et des amoureux des Arts, quels qu’ils soient. Je suis convaincue qu’on mettra en avant nos artistes dans la Caraïbe et pas seulement ici en Guadeloupe. Ça vient !

Qu’est ce qu’il faudrait changer ou mettre en place pour que ça s’améliore?

Je suis moi-même “étrangère” au milieu, et c’est certainement plus facile à dire qu’à faire. Mais donner simplement une place plus importante aux artistes, qu’ils soient peintres, plasticiens, ou les deux.

Est ce que tu penses que l’art pourrait aider les jeunes antillais à faire face à des problèmes tels que la violence, la drogue ou le chômage par exemple?

Je ne pense pas que l’Art soit l’unique réponse. Il y a plusieurs formes d’expressions, et le fait de créer en est une. L’art, la musique, l’écriture, la danse, et j’en passe. Mais ça peut être une thérapie, un exutoire, une façon de se libérer de nos petits tracas quotidiens. Et à titre personnel, ça fonctionne ! Alors j’ai envie de dire pourquoi pas ! Tout en sachant que c’est un plus et pas l’unique solution.

Revenons à toi et tes peintures, est-ce que tu as un style particulier? 

J’ai toujours été plutôt ethnique. Ma mère a toujours eu beaucoup de tenues africaines faites en tissus Wax. Influencée? Oui. J’ai commencé avec des silhouettes africaines, et aujourd’hui avec le temps, mon pinceau est plus précis. Je dirais ethnique et Afro. Je peins beaucoup de femmes. Des hommes aussi mais c’est vrai que je suis attirée par le message qu’apporte une femme. Elles sont fières. Elles sont belles. Elles sont reines. Elles sont libérées et frôlent l’arrogance. Par l’attitude, les postures, tout est mis en scène pour qu’elles soient fières !

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Est-ce que tu dirais que ton art est “féministe”? 

Non. Je laisse chacun décider de l’interprétation qu’il veut en faire. Je peux avoir 100 histoires en partant d’une même toile selon ce que peut ressentir quelqu’un. Je ne souhaite pas être dans une case. Moi je m’amuse, et aujourd’hui j’ai compris que c’est ce qui comptait.

As-tu as eu d’autres influences? Même moins importantes

Oh oui ! J’ai fait beaucoup de mimétisme, en m’inspirant d’artistes comme Roy Lichtenstein, Andy Warhol, Françoise Nielly, Noetwo, Jean Marie Compper alias “Detone” ou encore “McFresh Creates”. J’ai eu envie de donner plus de vie à mes toiles, j’utilise de la matière, je découpe, modifie, crée, du coup je suis un peu plasticienne. Aujourd’hui je m’inspire de photos, d’imprimés, de femmes & d’hommes fiers de l’image qu’ils renvoient ! Grace aux réseaux sociaux, je me constitue une petite mine d’or ! Je me reconnais enfin dans ce que je fais, “sauce Cribiish” (Cribiish c’est mon surnom) *rires*

A l’heure actuelle vis en Guadeloupe et on parle souvent de la fuite de nos jeunes talents, est ce que tu te verrais quitter la Guadeloupe ou pas du tout?

Je rêve de voyager ! Si j’y arrive grâce à mes tableaux ce serait une opportunité de représenter ma Guadeloupe à l’international. Je suis partie, j’ai fait des va et vient indécis. Mais je suis bien ici. Je serais un jour une citoyenne du monde, mais je reviendrais toujours…

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C’est beau ! Est-ce que tu aurais un mot de la fin? Un message par exemple aux artistes qui n’oseraient pas se dévoiler ou à ceux qui pensent que l’Art n’est pas fait pour eux?

Se lancer ! On ne se forme pas que dans les grandes écoles d’art. On se forme parce qu’on ose. Parce qu’on finit par prendre conscience de qui on est, parce qu’on aime ce que l’on fait. An nou !

Retrouvez l’actualité de Lindsey ici:

Facebook: LeenC

Twitter: @LeenCLeen

Instagram: @Leenc.e

Nous tenons à remercier chaleureusement Lindsey pour le temps qu’elle nous a accordé afin de répondre à nos questions. 

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